Bien connaître un lieu c’est aussi et surtout connaître son histoire. Et lorsqu’il s’agit de la Martinique, on parle d’une histoire très mouvementée entre colonisation et esclavage. Faisons un tour d’horizon de l’histoire de la Martinique pour en savoir plus sur l’île aux Fleurs.
Histoire de la Martinique : les dates clés
Commençons par un résumé de l’histoire de la Martinique grâce à quelques dates incontournables.
Date
Événement
Environ 100 après J.C
Arrivée des Arawaks
295
Éruption de la montagne Pelée
400
Retour des Arawaks décimés lors de l’éruption de 295
600
Arrivée des Caraïbes
1499-1500 ou 1502
Découverte de l’île par Alonso de Ojeda ou découverte par Christophe Colomb de la Martinique
1635
Pierre Belain d’Esnambuc prend possession de la Martinique
1658
Massacre des Caraïbes
1674
Invasion hollandaise
1759 et 1762
Invasion britannique
1793
Accords de Whitehall
1794
Abolition de l’esclavage (non appliquée)
1794
Invasion britannique et prise de la Martinique
1802
Traité d’Amiens
1814
Traité de Paris
1848
Signature d’un décret abolissant l’esclavage
1900
Grève des ouvriers agricoles
1902
Éruption volcanique de la montagne Pelée
1946
La Martinique devient un département d’outre-mer
1961
Fusillade du Lamentin
1983
La Martinique devient une région
2009
Grève générale
2016
La Martinique devient une collectivité territoriale
La Martinique à l’époque précolombienne
Commençons par l’époque précolombienne en Martinique lorsque les premiers Hommes se sont installés sur l’île.
Si les Petites Antilles ont commencé à être occupées entre 10 000 et 5 000 avant J.C, il semble que les premiers Amérindiens ne se soient installés en Martinique qu’au cours du premier siècle de notre ère. C’est en tout cas ce que tendent à prouver les études archéologiques en Martinique. Le site archéologique de Vivé sur la commune du Lorrain est un témoin de cette occupation, des fouilles ont été réalisées entre 1996 et 2001, ce qui nous a permis d’y voir plus clair sur les premières occupations de la Martinique.
Ce sont les Arawaks qui les premiers ont pris possession de la Martinique. Cette population installée près de la montagne Pelée produisait de la céramique et pratiquait l’agriculture, la pêche et la cueillette pour subvenir à ses besoins naturels.
En 295 après J.C, l’éruption de la montagne Pelée a décimé une grande partie de la population Arawak. Les survivants ont été contraints à l’exil. Les Arawaks ne reviennent en Martinique que vers 400 après J.C.
Vers 600, les Caraïbes s’installent également sur l’île. S’ils choisissent de s’installer plutôt au sud de la Martinique, certains s’accordent à dire qu’ils ont chassé les Arawaks de ce territoire. Le site archéologique de la plage de l’Anse Trabaud au Diamant témoigne de l’occupation de cet espace à cette période.
La découverte de la Martinique par Christophe Colomb
L’histoire veut que la Martinique ait été découverte par Christophe Colomb en 1502. Il accoste en effet à cette date au Carbet. Pourtant, tout le monde ne s’accorde pas sur ce point. En effet, selon certains historiens, c’est Alonso de Ojeda, un explorateur et conquistador espagnol, qui aurait découvert la Martinique lors d’une expédition entre 1499 et 1500.
Christophe Colomb aurait entendu parler de la Martinique lors d’un passage à Hispaniola (Haïti). Les Arawaks d’Haïti auraient dit à Christophe Colomb que la Martinique était alors peuplée uniquement de femmes, le navigateur génois lui aurait donné le nom de Matinino (île aux femmes). Dans la cartographie italienne du milieu du XVIe siècle, l’île est nommée Madinina (île aux fleurs). C’est au XVIIe siècle que l’île prend le nom de Martinique inspiré par Saint-Martin, l’un des principaux saints de la chrétienté.
La période coloniale de la Martinique
Le 15 septembre 1635, Pierre Belain d’Esnambuc débarque sur l’île de la Martinique avec 150 colons français. Il juge que la Martinique est un territoire au positionnement stratégique qui va permettre de lutter contre les invasions espagnoles.
Il installe la première colonie de l’île et fonde le Fort Saint-Pierre (qui deviendra Saint-Pierre) tandis que les gouverneurs De Baas et Blenac fondent Port-Royal (qui deviendra Fort-de-France). La colonisation est associée à une période d’évangélisation des populations autochtones.
Dès les années 1640, il est question d’esclavage en Martinique alors que les premiers moulins à sucre sont installés. Les esclavages sont des locaux, mais aussi des personnes venues d’Afrique importées par bateau.
Des tensions existent entre les Caraïbes qui occupaient l’île avant l’arrivée des Européens et les colons. En 1658 éclate une guerre durant laquelle les Caraïbes sont massacrés et de nouveaux territoires martiniquais sont ainsi conquis, ce qui va stimuler la colonisation de toute la Martinique. Les sucreries se multiplient en même temps que l’esclavage sur l’île. Un recensement est effectué en 1660, sur 5 263 habitants en Martinique, 2 683 sont des esclaves noirs.
Canne à sucre, cacao, tabac, indigo, de nombreuses exploitations sont développées en Martinique, la traite négrière en est renforcée.
Dans les années 1680, le nombre d’esclaves explose en Martinique, notamment suite au remplacement de la Compagnie des Indes occidentales de Colbert par la Compagnie du Sénégal en 1673. En 1687, on compte plus de 11 000 esclaves, un chiffre qui atteindra 15 000 en 1696 et 15 071 en 1741.
L’abolition de l’esclavage en Martinique
L’abolition de l’esclavage en Martinique a été rendue complexe par les guerres menées entre les Européens.
Le traité de Whitehall signé le 19 février 1793 engage les Anglais à maintenir l’esclavagisme en échange du contrôle de l’île. Le décret du 4 février 1794 de la Convention abolit l’esclavage. Mais deux jours plus tard, la flotte britannique bloque la Martinique et prend Saint-Pierre, seul port de l’île ouvert après la fermeture des autres par le gouverneur de la Martinique. L’abolition de l’esclavage n’entre alors pas en vigueur.
En 1802, la paix d’Amiens est signée et les Français reprennent possession de la Martinique. L’esclavage est maintenu par Napoléon.
Il faudra attendre le 27 avril 1848 et la signature d’un décret par Victor Schoelcher pour que l’abolition de l’esclavage en Martinique soit actée.
Les conflits pour prendre possession de la Martinique
La Martinique est un territoire très prisé que les Français ne sont pas les seuls à vouloir occuper. En 1674, la flotte hollandaise attaque la Martinique. Pourtant, malgré un grand nombre de combattants, elle est repoussée et vaincue lors de la bataille de Fort-Royal.
Ce sont ensuite les Anglais qui cherchent à prendre possession de la Martinique, ce qu’ils parviennent à faire à plusieurs reprises. Attaquée en 1759 puis en 1762, la colonie est rendue à la France dès 1763 avec la signature du traité de Paris. Elle est à nouveau dominée par les Britanniques de 1794 à 1802. En 1803, les Britanniques attaquent à nouveau. Ils menacent en 1809 les colons combattant avec les Français de prendre leurs biens. Napoléon est alors vaincu.
Ce n’est qu’en 1814 avec le traité de Paris que la Martinique redevient définitivement française.
Les mouvements indépendantistes en Martinique
En 1958, la Martinique a bien failli devenir indépendante. En effet, au moment du référendum de 1958 pour approuver la nouvelle constitution, de Gaulle met la pression à certains politiciens martiniquais. Estimant qu’un vote contre le référendum ouvrirait la voie à l’indépendance, les anti-indépendantistes ont mené une campagne pour voter oui. Le oui l’a effectivement emporté et la Martinique n’a pas gagné son indépendance.
En 1962 une première revendication indépendantiste est menée par l’organisation de la jeunesse anticolonialiste de la Martinique (OJAM)
C’est en 1978 que le Mouvement indépendantiste martiniquais est créé par Alfred Marie-Jeanne. Le MIM souhaite alors la décolonisation de la Martinique ainsi que l’indépendance de l’île.
Toutefois, le mouvement s’oriente plus sur l’autonomie que sur l’indépendance et vote même en 2008 une évolution statutaire de l’île basée sur l’article 74 de la Constitution française pour un accès à l’autonomie.
Depuis 1946, la Martinique est un département d’outre-mer. En 1983, elle devient une région à part entière grâce à la création d’une nouvelle collectivité, le Conseil régional. C’est Aimé Césaire qui en devient le premier président. Alfred Marie-Jeanne est élu quant à lui député de la Martinique en 1997 puis président du conseil régional en 1998.
En 2010 a lieu un référendum pour savoir si la Martinique pouvait devenir une collectivité territoriale. Elle le devient officiellement en 2016.
L’histoire des manifestations en Martinique
Durant la grande crise sucrière qui a eu lieu entre 1884 et 1905, les cours s’effondrent les planteurs de canne décident de baisser le salaire de leurs ouvriers tout en augmentant leur charge de travail. Une situation qui a mis le feu aux poudres et engendré des mouvements de grève, notamment en 1900. Cette grève a engendré la mort de 10 ouvriers agricoles.
En mars 1961, les ouvriers agricoles se mettent en grève pour obtenir une augmentation de salaire, mais aussi de meilleures conditions de travail. Le 24 mars, trois responsables syndicaux sont arrêtés, ils seront relâchés le soir même. Mais les gardes mobiles tirent sur la foule, 3 personnes sont tuées, de nombreuses autres sont blessées. On parle de la fusillade du Lamentin.
En 1974, des ouvriers de la culture de la banane font grève. L’un d’entre eux est tué par les gardes mobiles, d’autres sont blessés. Le 16 février un étudiant est retrouvé mort, ce qui engendre une nouvelle manifestation qui vise également à demander à nouveau une augmentation de salaire qui sera obtenue.
En 2009 a eu lieu une grève générale du 5 février au 14 mars contre la vie chère dans les Antilles françaises.
L’éruption de la montagne Pelée en 1902
Après une première éruption vers 60 avant J.C selon les archéologues, une deuxième éruption a lieu en 295, décimant une grande partie de la population Arawak. D’autres éruptions ont lieu vers 1300 puis en 1635, en 1792 et en 1851.
Mais c’est en 1902 que la Martinique connaît un drame majeur. L’éruption de son volcan le 8 mai 1902 détruit complètement la ville de Saint-Pierre et fait 29 000 morts.
La dernière éruption date de 1932, mais elle n’a pas fait de victimes.
L’histoire du rhum en Martinique
La Martinique produit de la canne à sucre depuis des siècles. Elle a en effet été importée au moment de la découverte de cette île. Les sucreries se développent au milieu du XVIIe siècle. On commence alors à produire du rhum qui ne prendra ce nom qu’à la fin du XVIIe siècle. Il est initialement nommé tafia, guildive ou tue diable.
Le jus de canne est distillé et fermenté sur place, le rhum z’habitant que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de rhum agricole est ainsi né.
En 1742, la Martinique compte 456 sucreries. Le rhum commence à être exporté en 1777. En 1914, la Martinique devient le premier producteur de rhum mondial. Il est demandé aux producteurs d’augmenter la cadence pour alimenter les soldats.
En 1960, la production de rhum agricole devient aussi importante que celle du rhum industriel (en 2019, 90 % du rhum fabriqué en Martinique est du rhum agricole).
Il faut attendre 1973 pour que le rhum martiniquais obtienne un label rouge et 1996 pour l’obtention du label AOC (appellation d’origine contrôlée).
Aujourd’hui, la Martinique exporte 80 % de sa production.
L’histoire de la pêche et de l’agriculture en Martinique
L’agriculture et la pêche sont des activités importantes en Martinique. Cette terre agricole cernée par la mer et l’océan est en effet un territoire favorable pour les activités naturelles.
Les premiers occupants reconnus de la Martinique, les Arawaks, misaient déjà sur l’agriculture et la pêche.
Au fil des siècles ces activités sont devenues prédominantes. L’agriculture martiniquaise a misé sur diverses productions, dont essentiellement :
- le tabac ;
- l’indigo ;
- la banane ;
- la canne à sucre ;
- le cacao ;
- le coton ;
- le café.
Toutefois, certaines de ces cultures, notamment le café, le cacao et la culture de l’indigo n’ont pu s’imposer durablement en raison d’une vulnérabilité aux conditions climatiques de l’île.
Si la culture de la canne à sucre a perduré, permettant de produire du rhum martiniquais, cette culture a connu un passage à vide au XIXe siècle notamment. Aujourd’hui, elle est en pleine mutation en raison d’une volonté de revenir à une agriculture plus traditionnelle sans engrais ni intrants chimiques.
En 2021, 3 825 hectares de canne à sucre sont cultivés en Martinique. La production est en baisse, elle était de 223 300 tonnes en 2009 contre 166 900 tonnes en 2014. Quant à la filière banane, elle reste très active avec une production de 180 000 à 200 000 tonnes par an.
Le secteur agricole n’est plus aussi important en Martinique qu’auparavant. En 2000, on recensait 8 000 exploitations. En 2021, elles n’étaient plus que 3 000.
Le secteur de la pêche qui a toujours été très actif en Martinique est lui aussi concerné par une baisse de production. La contamination du littoral au chlordécone est notamment en cause, ce qui impose aux pêcheurs d’aller plus au large où ils sont concurrencés par les chalutiers.
Histoire de l’économie en Martinique
La Martinique s’est très longtemps appuyée sur l’agriculture pour développer son économie. Sur cette île, l’industrie occupe une très faible place. On retrouve essentiellement des entreprises de l’agroalimentaire, des entreprises spécialisées (menuiserie, etc.), deux centrales électriques et une raffinerie de pétrole.
En parallèle, le secteur tertiaire a explosé porté par la Fonction publique depuis la départementalisation en 1946. Le secteur touristique occupe une place centrale en Martinique. En 2020, 559 600 personnes sont venues visiter la Martinique. Avec ses nombreux sites naturels, ses activités diverses, l’île aux Fleurs est un lieu de séjour incontournable.
En résumé, aujourd’hui, le secteur agricole représente 6 % du PIB en Martinique contre 83 % pour le tertiaire et 11 % pour l’industrie.
L’histoire du costume traditionnel en Martinique
Le costume traditionnel créole témoigne de l’histoire de la Martinique. Terre de métissage social, culturel et humain, la Martinique est connue pour ses tenues traditionnelles qui représentent la fierté créole. Aujourd’hui essentiellement portée lors de festivals et autres manifestations, la tenue traditionnelle est née à l’époque coloniale. Les esclaves africaines sont arrivées en Martinique avec leurs traditions et leur culture, et donc avec leurs habitudes vestimentaires. Le costume créole est donc un mélange subtil d’influences françaises, créoles et africaines. Elle a ensuite évolué au fil des années et des modes, mais elle reste reconnaissable avec notamment son tissu Madras.
Ce costume a permis aux femmes de montrer leur condition sociale et leur réussite. Tandis que les colons montraient leur opulence à travers leurs propres vêtements, les femmes de couleurs montraient leur liberté avec leur tenue traditionnelle créole.
Ce costume peut être différent selon l’âge de la femme et les circonstances dans lesquelles il est porté. La Robe Ti Collet est portée par les jeunes filles dès 12 ans tandis que la robe à corps ou Gran’Robe s’adresse aux femmes adultes. Chapeau en madras et foulard en soie complètent la tenue.
Questions fréquentes sur l’histoire de la Martinique
Quand la France a-t-elle débarqué en Martinique ?
C’est en 1635 que Pierre Belain d’Esnambuc a débarqué en Martinique pour le compte du roi Louis XIII. Il prend possession de cette île peu prisée à ce moment par les Européens malgré une situation géographique stratégique.
Qui a découvert la Martinique ?
Si certains disent que Christophe Colomb a découvert la Martinique en 1502, d’autres sources évoquent la présence d’Alonso de Ojeda dès 1499-1500.
Qui habitait en Martinique avant l’esclavage ?
Avant l’arrivée des colons en Martinique, la terre fut habituée par les Arawaks et par les Caraïbes. Aujourd’hui, la Martinique est une terre d’immigration où se rencontrent de nombreuses cultures.
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